On ne prend pas de stagiaires

Et voilà, maintenant que j’ai passé avec brio ma première partie des tests AFPA (il ne me reste que l’anglais) et que je peux me targuer d’être dans la fourchette haute d’une courbe dont je ne connaissais que vaguement le nom; je me retrouve devant un nouveau soucis: trouver le Graal deux semaines de stages.

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Tentative pour décrocher un stage à l’époque médiévale

Parce que, que nenni, si tu n’as pas trouvé tes stages, tu ne rentres pas en formation. Alors bah, si tu es comme moi, tu cherches, tu creuses, tu finis par faire de la spéléologie parce que les réponses que tu reçois sont toutes de la même nature: « on ne prend pas de stagiaire hein, mais bonne chance. » impatient_by_mirz123-d4dh7a5

La chance à un moment on n’y croit plus trop. Quand on est au chômage depuis un moment, qu’on nous refuse la formation qu’on voulait, pour tenter de nous pousser vers une autre, on accepte, on réussit les tests, et là… paf bloqué par les stages. dark_cloud_by_mirz123-d4vjcge

Parce que maintenant j’ai l’impression que les entreprises veulent des gens formés, donc qui ont fait des stages (non parce qu’on ne nait pas formé directement au boulot, c’est pas possible), mais pas par eux.

Je commence à en avoir marre de supplier de tous les côtés et de quémander pour tout et n’importe quoi… Un stage non rémunéré de trois jours (pour lequel faut faire quinze jours de papiers avant) c’est pas concevable ou quoi?!

A un moment je sais plus quoi faire. Bouger ok, mais pour se retrouver bloquer au même stade plus loin? Je suis fatiguée de tout ça, dégoutée d’avoir fait des études, d’avoir eu un bac+3 pour me retrouver à supplier un stage ou un job à mi-temps loin de ma branche et de mes envies mais alimentaire (et encore qui ne paye pas un loyer). feeling_blue_by_mirz123-d4mcyjm

Je sais il faut persévérer… mais des fois c’est dur parce qu’on ne voit pas le bout du tunnel.

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Trouver un stage – Ces amis qui vous veulent du bien

Quand on est chômeur, on a deux sortes d’amis: les galériens qui ont connus ou connaissent le chômage et qui sont capables de comprendre la situation et les autres, encore en études ou qui ont eu la chance d’avoir des métiers très rapidement (souvent des domaines bien spécifiques).

Évidement, vous commencez à me connaitre, vous devinez facilement que je vais vous parler de la seconde catégorie que j’appelle les amis « moralisateurs à deux francs six sous ».

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Les amis moralisateurs, comme je vous l’ai dit dans le « chapeau » (oui j’appelle ça un chapeau), ce sont les amis qui n’ont jamais connu le chômage soit parce qu’ils soit étudiants (et souvent dans des filières qui ne connaissent pas trop la crise type médecine et dérivés) soit parce qu’ils sont en emploi depuis la fin de leurs études sans avoir eut le temps de vraiment connaitre Pôle Emploi et la CAF.

Je vais vous le dire directement ces amis me donnent des envies de meurtres_devilandstaff__by_eburt. Ils ont réponse à tout et ne sont même pas capables de faire preuve d’un peu de réflexion. J’ai l’impression qu’ils vivent hors de la réalité, ou du moins hors de ma réalité et que du coup ils sont super mal placés pour se permettre de me juger.

Là en l’occurrence la conversation qui m’a énervée et qui a provoquée cet article portait sur la nécessité de me trouver deux semaines de stages non rémunérées pour pouvoir entrer en formation or dans mon département de bouseux (c’est comme ça que mes amis moralisateurs l’appelle) bah y’a pas beaucoup d’entreprises dans le secteur (en même temps c’est rural, pas touristique) alors je me retrouve un peu bloquée parce qu’il faut bouger et que moi ça coince niveau finances…

Heureusement l’ami moralisateur a réponse à tout:

« Tu reçois bien des aides alors profite en pour les dépenser pour trouver du boulot » (c’est du copier-coller)

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Pour ma part je touche moins que 470€/mois

Mais oui je suis bête dis voir, avec mes aides le 27 du mois je suis pas loin du découvert d’autant que j’ai une situation familiale compliquée que j’évite d’expliquer à mes amis moralisateurs.

Alors on va partir sur la base d’un stage dans le département d’à côté (je suis optimiste) et faire des simulations (parce que c’est bien ça).

L’ami en question me propose deux scénarios:

  • « faire les allers-retours » : coût pour 5 jours en essence: 150€ (sans compter le péage), je dois faire deux semaines de stage: 300€. Temps de trajet: 2h30 par jour. (et là déjà c’est sans compter la nourriture et le parking).
  • « dormir sur place » : coût pour 5 jours en auberge de jeunesse: 115€, plus les trajets sans compter l’autoroute, on arrive au même tarif et toujours sans compter la nourriture et les parkings et sans aides.

Mais bon quand je mets l’ami face aux soucis, j’ai droit à: « Ba oui mais a un moment faut que tu te donnes les moyens de te bouger » passablement irritée je lui ais dit que si ça lui tiens tellement à cœur de m’aider à faire mes stages, je lui donnais mon RIB et il pouvait participer aux frais et hop disparu l’ami…whistling_by_mirz123-d38rkkk

Alors évidemment y’a de la mauvaise foi des deux côtés (mais vu que j’ai pas le droit d’argumenter mais juste d’écouter la sacro-sainte parole bah je me braque). Je veux bien changer de régions pour faire les stages là où je peux avoir un pied à terre pour une semaine (en RP notamment) et je cherche en ce sens aussi mais je ne supporte plus de me faire agresser comme ça à chaque fois avec « bah change de région ».

Elle est où cette région merveilleuse du plein emploi qu’ils semblent tous me décrire? Parce que, qui dit changer de région dit aussi: trouver un travail, un logement, pouvoir payer ses frais week_5_22__52_week_emotes_by_mirz123-d3i7t8o.

Actuellement je suis obligée de vivre chez mes parents et mon RSA passe dans le budget de la maison parce que pour eux non plus c’est pas évident de se retrouver à nouveau avec un enfant à charge mais cet ami n’en sait rien, il vit au crochet de la personne qui partage sa vie, touche des bourses, et n’a pas à faire face à un monde du travail compliqué en sortie d’études. Évidement je ne lui souhaite pas d’être dans ma situation un jour mais faire preuve d’un peu de compréhension et d’empathie ça serait pas mal.

 

 

 

 

La dépression

Un article que vous sentez déjà débordant de joie rien qu’à la lecture du titre.

Pourquoi j’ai décidé de vous parler de la dépression? Parce que ce matin ma chère psy du travail (cf article précédent) m’a appelée ce matin pour me demander si j’avais la reconnaissance travailleuse handicapée psychique pour ma dépression (oui car j’ai fait l’erreur de lui dire que j’avais fait une dépression après mon job de téléconseillère (dont je t’ai déjà parlé avant, notamment ici), et n’oubliant pas, à la fin de son message de me demander si j’étais allée me faire soigner par un professionnel comme elle impatient_by_mirz123-d4dh7a5 (ça tombe bien en plus, hasard du calendrier, on célèbre l’anniversaire de la mort de Freud!).

Loin de moi l’idée de vouloir lui expliquer que la dépression n’est pas reconnue comme une maladie permettant l’accès au statut de travailleur handicapé psychique et qu’il n’y a pas beaucoup d’états qui permettent d’avoir cette reconnaissance (et quelle reconnaissance étant donné que ce statut est quand même assimilé aux malades mentaux avec l’image du fou qui peut péter un plomb à tout moment, sûr c’est un plus en entretien d’embauche ça).

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Pôle Emploi aspire une grosse partie de mes pensées positives

Du coup j’ai eu « l’envie » de vous parler de la Dépression, celle avec un grand D, et celle qui vous bouffe au point de ne plus être qu’un corps qui se déplace dans le monde pendant que l’esprit a écrit « abonné absent » et nommé une sorte de vacataire pour donner le change devant les autres. Mieux encore je vais vous parler de ma Dépression.

ça c'est que mon cerveau a fait avant de se mettre en dérangement...
ça c’est que mon cerveau a fait avant de se mettre en dérangement…

La dépression chez moi s’est installée rapidement dans une sorte d’enchainement d’événements qui ont fait que mon esprit s’est mis en bug. En moins de trois semaines j’étais devenue anorexique (oui il faut placer les mots même si ils sont durs), mon esprit empêchait mon corps de se nourrir et je suis rentrée dans une drôle de spirale. L’impression qu’on est tiré vers le fond sans espoir de remonter, et parfois sans même avoir l’impression d’avoir la volonté. Dans ma spirale dépressive j’avais fini par envisager la mort, mais pas pour le suicide; non juste un gros moment où je pourrais dormir sans avoir besoin de me relever. De toute façon à quoi bon me relever?

J’étais totalement incapable d’envisager une activité qui m’aurait rendu heureuse tellement j’avais cumulé les soucis (la dépression c’est, chez moi, une sorte de gros burn out). Je me souviens que je me forçais à continuer mes activités, à accepter des sorties, même minimes (surtout minimes, je n’avais pas envie d’être trop longtemps dehors). Des amies m’offraient des parts de gâteaux, je mettais des heures à les avaler mais je me forçais parce que je m’interdisais de montrer que ça n’allait pas.

Quatre mois plus tard j’avais perdu dix kilos et c’est le frère d’une amie qui m’a mis une claque (au figuré) en disant que je ressemblais à un cadavre. Je ne pesais plus que 43 kg et j’étais sous anti-dépresseurs et anxiolytiques mais je nageais dans un brouillard. Je n’avais pas moins envie de me laisser mourir mais j’avais des nuits sans trop de rêves et sans crises d’angoisse.

La dépression nous envahit peu à peu
La dépression nous envahit peu à peu

Ce qui est le plus horrible dans tout ça c’est l’absence de sentiments. Quand on est dépressif, on n’est pas heureux (certes), mais on n’est pas vraiment triste non plus. On flotte dans une sorte de rien. On peut encore nous atteindre et nous pousser vers le fond mais c’est comme si on devenait insensible et qu’on avait ce sentiment que plus jamais on ne pourrait être heureux, voir même bien e5e4c37771744d0b028d9631cf782336-d370m8d.

Et puis un jour j’ai eut l’impression que mon cerveau avait décidé de remettre en marche la machine. C’est une sorte de sursaut. Évidemment c’est long, ça a été un gros travail sur moi, et je remercie les gens qui m’ont aidé qu’ils soient amis ou professionnels hugpileplz. Même si, à ce jour, je ne me considère pas comme guérie; dans ma tête le travail a repris, les dossiers se classent, et je recommence à envisager un peu les choses. C’est agréable de pouvoir essayer d’aller de l’avant. J’ai repris presque 6 kilos et je mange normalement, je ressors, je revis; mais j’ai toujours l’impression que le moindre choc peut me refaire tomber mais au moins j’ai l’impression de ne plus me laisser porter en attendant la fin.


 

Alors quand j’entends une psychologue(!), excusez moi du peu, me dire d’aller me faire soigner et me demander si je suis reconnue travailleuse handicapée pour mon état dépressif (qui, en plus, était déjà en forte rémission vers une sorte de mélancolie modérée qui se rapproche de ce que j’ai habituellement), j’ai envie de dire qu’il serait temps de comprendre qu’une partie de cette état dépressif vient du fait que je suis Bac+3 et que je ne trouve pas de boulot à part des temps partiels qui ne me permettent même pas de payer un loyer, que j’ai du retourner vivre chez mes parents dans une région sans perspective professionnelle, que l’on me demande de me reconvertir mais qu’on ne me laisse pas le choix du domaine, et qu’en plus les personnes censées nous aider sont tout le temps en train de nous faire une sorte de morale et de nous proposer des idioties pour nous passer dans une plus grande précarité car non, un temps partiel de 3h/semaine n’est pas une offre raisonnable, ni une porte d’entrée vers un autre boulot.

A défaut de nous aider, il sera tout de même relativement agréable que Pôle Emploi, au travers de ses conseillers et ses psychologues, arrête de nous enfoncer d9ba9003292ee54c1b40c7f989413d67-d4o5ol2


 

Je conclurai en disant que la dépression, c’est comme sa connerie, c’est pas forcément facile à vivre au quotidien, mais ça n’ouvre pas le statut de travailleur handicapé pour autant.Sherlock_Holmes_emote_by_Mirz123

 

 

Rendez-vous Pôle Emploi – « Ma » psy du travail

En attendant la deuxième partie sur les Langues et la recherche d’emploi, je veux vous parler d’une dame qui a fait son apparition dans ma vie en août après que mon conseiller m’ait inscrite à l’atelier « Décider de se former » autrement dit « réoriente toi, pendant ce temps tu ne seras plus dans les chiffres du chômage ».

L’atelier m’avait permis de comprendre que de toutes façons, étant donné que je n’étais pas indemnisée, j’allais toucher… encore moins que mon RSA en formation mais bon je me suis dit que j’allais m’accrocher à mon projet de devenir Agriculteur (si l’amour est dans le pré, peut-être que le travail aussi!).

La deuxième étape de la décision de se former s’était de rencontrer le psychologue du travail de Pôle Emploi. Étant donné les besoins en main d’œuvre (BMO) de ma région, je me disais que ça serai une simple formalité et je suis donc arrivée confiante pas trop mal à l’aise à la cour des miracles Pôle Emploi. J’ai du me garer dans le chantier en face parce que le parking « visiteurs » de six places était complet (sont optimistes à la direction) et je suis allée signaler ma présence et attendre qu’on vienne me chercher en regardant les annonces épinglées au mur dont une pour mon feu job de téléconseillère. Et voilà qu’elle arrive, tout de rose vêtue,  elle me dit bonjour, me serre la main, et j’ai la très désagréable impression de l’avoir déjà vu quelque part mais je la suis docilement.

Elle me demande d’expliquer mon parcours depuis la troisième, le choix de mon orientation et prend bien soin de ponctuer ses phrases d’un regard de pitié (en ajoutant tête sur le côté qui hoche doucement, lèvres pincées) et qui fait « hum hum » à chaque fin de phrase… et là je remets le personnage, on dirait Ombrage dans les films d’Harry Potter.

hum hum

Elle m’arrête et me dit clairement: « non mais je ne vais pas vous laisser aller encore vers un nouvel échec« . courage___nanoemo14_day_16_by_mirz123-d86l33n Pardon? Mon bac et ma licence sont des échecs? J’ai eu les deux avec mention. En plus j’ai du mal à voir le soucis étant donné que mon projet s’inscrit dans les BMO mais non pour elle ce n’est pas viable et j’ai droit à son regard de pitié. A la limite si elle en était restée là j’aurai accepté son rejet et je serai repartie mais que neni, elle se décide à me trouver des formations à ma mesure avec:

  1. Le CAP petite enfance (ayant travaillé deux ans dans la garde d’enfants et trois ans dans l’aide aux devoirs la voilà persuadée que c’est le rêve de ma vie), je lui réponds que ça n’est pas ma voie et que j’aimerai changer pour quelque chose avec de vrais horaires et pas que des temps partiels et je n’ai pas spécialement envie de faire une formation pour un métier que j’ai pu faire sans diplôme deux ans et pour lequel je n’ai pas d’intérêts outre mesure « ah mais la garde d’enfants c’est des vrais horaires! Et puis vous n’avez jamais les mêmes enfants! C’est une expérience unique à chaque fois. » scratch_head_by_mirz123-d4hndrt Je ne sais pas pour vous mais j’ai gardé les mêmes enfants toute l’année, je ne changeais pas d’une semaine sur l’autre… je lui explique et elle: « ah non, on ne garde jamais les mêmes enfants, c’est toujours des différents, c’était sans doute la politique de votre entreprise. » omg_look_at_that_by_czar_the_dragon-d38y6fsJe lui dis que non pour couper court à la conversation.
  2. Le BTS assistant de gestion PME PMI soit je lui demande de quoi il en retourne parce que je ne connais pas du tout même si le titre ça fait un peu larbin du patron et mécontentement du client. Sa réponse: « Vous n’avez qu’à vous renseigner! Tenez vous me chercherez les débouchés pour notre prochain rendez-vous. » ça veut donc dire que je vais la revoir…
  3. La formation auxiliaire de vie (vu que j’ai travaillé avec les enfants, les personnes âgées je devrais pas avoir de soucis…). Je réponds non merci, elle commence à s’énerver que je ne fais aucun effort. Je lui réponds que je suis venue avec un projet bien précis…whistling_by_mirz123-d38rkkk
  4. L’hôtellerie  pour moi clairement c’est non. je ne veux pas travailler dans l’hôtellerie et la restauration, le stress ce n’est pour moi, il suffit de voir mon expérience comme téléconseillère pour le comprendre. Si je fonds en larmes devant les clients ou le patron, c’est niet.week_4___2012_emote_journal_by_mirz123-d4o11eu
  5. Les offices de tourisme alors là j’avoue que je sais pas du tout d’où ça vient. Moi j’aime le tourisme, travailler dedans pourquoi pas. Mais hors de question de m’envoyer dans une voie hyper saturée.d9ba9003292ee54c1b40c7f989413d67-d4o5ol2

Devant mes refus me voilà: « butée », « bornée », et « très peu coopérative, et sympathique »… et pour notre prochain rendez-vous (je sens déjà que je vais m’acheter une corde en sortant) je dois réfléchir aux débouchés de la liste ci-dessus et choisir le moins pire , mais surtout « faire le deuil de mon projet », « aller me faire soigner », et « arrêter de dire n’importe quoi sur les débouchés! » (bah oui tiens d’abord faut que j’arrête de mentir, stats à l’appuie…).

Il faut savoir qu’on a droit à une formation dans un certain laps de temps et que, accepter tout et n’importe quoi, ça ferme la possibilité de recommencer un moment (et puis je voudrais un boulot moi, les formations c’est bien si ça débouche sur quelque chose de concret et de viable, un truc que je puisse tenir).

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Je ne dirais plus de mensonges…

Elle me serre la main, me refait son sourire de pitié, et me fait sortir. Je suis complètement désorientée et je ne sais absolument plus où j’en suis. Je finis par m’enfermer dans ma voiture et fondre en larmes en me demandant sincèrement si les psychologues du travail sont vraiment des psy et si tenter de pousser les chômeurs au suicide est la nouvelle politique pour améliorer les chiffres du chômage chez Pôle Emploi.

Depuis ce rendez-vous je l’ai revu une fois où elle m’a inscrit aux tests de l’AFPA dont les résultats vont tomber aujourd’hui. Article à suivre donc.

Les Langues Vivantes – 1. Acceptables ou pas

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Je suis polyglotte, c’est à dire que je parle plusieurs langues vivantes à des niveaux différents (et je déchiffre une langue morte – si d’abord).

En plus du « français » – langue maternelle, j’ai le sacro-saint « anglais – très bon niveau » sur mon cv, ainsi que l' »espagnol » (pour le parcours scolaire classique); à cela j’ai rajouté le « russe » (et je ne vous parle pas du russe qu’on parle tous après plusieurs vodka), et l' »arabe » (le levantin); et en langue morte le hiéroglyphes (non mais ça fait toute la différence sur un cv).

 

Et bien durant mes divers entretiens j’ai eu le loisir d’apprendre que certaines langues étaient « acceptables » alors que d’autres devraient éviter d’être mentionnées; d’où l’idée de cet article.


 

En LV acceptables nous avons:

  • L’anglais. Non seulement parler anglais est acceptable mais en plus c’est souvent considéré comme essentiel: une évidence à un bon niveau dans une société qui devient de plus en plus anglo-saxonne et où beaucoup regarde les films en VO (ou lisent des livres – c’est plus rare mais ça existe encore).
  • L’espagnol. Si señor l’espagnol est bien vu par le recruteur dans la mesure où on évite de lui raconter que l’on s’en sert pour lire Che Guevara ou Diego Rivera dans leur lutte des classes (moins bien vu du coup) (le portugais est un plus).

 

En LV à éviter, j’ai testé pour vousSherlock_Holmes_emote_by_Mirz123:

  • Le russe. Je ne sais pas pourquoi mais jusque là l’image que le russe amenait de moi auprès de mes recruteurs était proche d’une photo de profil facebook d’une soirée trop arrosée. Mais depuis quelques temps, avec la crise en Ukraine et les relations avec Poutine, j’ai eu droit à des interrogatoires dignes d’une chasse aux sorcières sur mes intentions en apprenant cette langue (et répondre lire Tolstoï dans le texte n’est pas considéré comme une bonne raison). Cependant j’ai eu la chance de pouvoir mettre en pratique mon russe à l’époque où je gardais des enfants et où la jeune demoiselle commençait à l’étudier à l’école (autant vous dire que les parents étaient aux anges parce qu’ils n’y entendaient rien).
  • L’arabe. Pire que le russe, voilà l’arabe. Avec l’arabe j’ai eu droit à tout mais le pire a été quand j’ai postulé pour être pionne en collège. Les CPE m’ont demandé « Pourquoi l’arabe? » (et le russe je l’accorde). J’ai donc répondu que je le parlais d’abord parce que mon compagnon est arabe et que c’était l’occasion d’apprendre une langue mais la réponse n’a pas eu l’air de les satisfaire (on surfait en plein sur la vague de la radicalisation des jeunes et ils m’ont demandé si je comptais l’apprendre aux élèves remarkable___nano12_by_mirz123-d5kz064). Ils ont mis fin à l’entretien très vite.

J’ai retiré de mon cv ces deux langues et elles n’apparaissent plus que si elles sont un atout pour le travail demandé impatient_by_mirz123-d4dh7a5.


Les langues qui plaisent mais qui sont plus rares:

  • L’allemand. Même si la langue de Goethe fait moins rêver, elle est très demandée comme le néerlandais, le tourisme et le commerce se développe avant tout avec nos voisins.
  • L’italien. Même si peu parlé, il reste bien vu de l’avoir dans un cv.

 

J’avoue qu’aucune des langues que je parle n’a jamais franchement fait pencher la balance de mon côté en entretien mais le travail ne s’y prêtait pas. On m’a cependant conseillée de faire les démarches pour devenir traducteur assermenté ou expert judiciaire même si le secteur n’est pas porteur dans ma région, c’est une piste à exploiter.

 

Le Call Center – 5. Epilogue

Cet article sera mon dernier sur le Call Center, parce qu’il faut tourner la page et que je veux coucher sur papier ce que cette expérience (car ça reste une expérience aussi mauvaise soit elle) m’a appris.

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  • Points Positifs

+ L’Expérience: même si ça reste une mauvaise expérience, c’est de l’expérience et désormais je la tourne en « leçon de vie », en plus d’une première expérience dans la relation client et en technique de vente (même si je n’ai pas aimé ce côté vendre à tout prix).

+ Moins d’angoisse au téléphone: j’avoue que je suis une grande angoissée au téléphone alors il est vrai qu’avoir passé un mois à prendre des appels ça m’a permis de passer un peu outre cette angoisse.

+ Relation avec le client: j’avoue que, même si mon sup trouvait que je manquais d’empathie, j’aimais bien « mes » clients. Même ceux qui s’énervaient après moi, au final je ne l’ai jamais pris contre moi et certains étaient vraiment gentils et donnaient à mes journées un petit rayon de soleil (dans un univers sans fenêtre et aux éclairages aux néons).

  • Points Négatifs

+ Horaires décalés: je vous l’avais déjà dit, mais nous faisions des journées assez étranges niveau horaires et jamais deux fois les mêmes dans la semaine (+ travail en soirée et le samedi sans compensation).

+ SMIC: on ne voit jamais la couleur des primes.

+ Objectifs de vente: on avait nos chiffres à faire en fonction des « besoins » de l’entreprise pour qui nous étions prestataires et sur des produits spécifiques. Il ne faut pas oublier que le client appelait pour avoir des conseils ou résoudre un problème, pas pour se faire vendre des services en plus.

+ Surveillance de tous les instants: que ce soit nos temps de communication, de pauses, nos conversations téléphoniques, nos allers et venus avec nos badges, nous sommes fliqués tout le temps et n’avons pas le droit à nos téléphones dans l’entreprise sous peine de licenciement pour faute lourde (menaces continues).


  • Ce que j’ai appris ensuite:

+ Le turn over de l’entreprise est extrêmement important: les formations ont lieu toutes les deux semaines pour palier aux démissions et aux employés qui ne renouvellent pas leurs contrats (le turn over est tellement important et l’entreprise tellement peu appréciée qu’ils recrutent cachés derrière des agences d’intérim).

+ Les arrêts pour dépression sont devenus tellement courants que même les remplaçants des docteurs nous sourient avec un air de pitié en renouvelant notre ordonnance d’anti-dépresseurs et d’anxiolytique avec un sympathique: « Vous avez tenu combien de temps? »

+ Les assistantes sociales sont très au courant de la politique de l’entreprise mais elle est la fierté d’un parti politique au pouvoir dans la ville (d’ailleurs dans la formation on doit « remercier » ce parti) et personne n’arrive à rien contre eux.

+ Mon conseiller Pôle Emploi m’a clairement dit que si je n’ai pas eu de contrat au début mais juste un dédommagement « formation » payé par Pôle Emploi c’est… parce que Pôle Emploi apporte des aides aux financements des formations de l’entreprise et, en gros, je devais servir à toucher les aides mais ils n’avaient pas prévu de me garder (ils avaient anticipé ma démission). Je n’étais là que pour qu’ils reçoivent la subvention.


En bref: Le Call center ça a été l’expérience qui m’a montré que nous ne sommes que des chiffres chargés de faire du profit au moindre cout. Durant ma formation j’ai fait gagné plus à l’entreprise que je n’ai été payée et quand je suis partie j’ai galéré pour avoir mes papiers de démission, ma fiche de paie, et mon solde de tout compte (j’ai du menacer d’aller aux prud’hommes car ils refusaient de me le donner en main propre quand j’ai rendu mon badge, et c’était silence radio au téléphone).

Depuis, je suis à nouveau en recherche d’emploi mais Pôle Emploi m’a rangé dans la catégorie « téléconseillers » et j’ai même eu droit à une offre pour mon poste duquel j’avais démissionné. Magique.

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Le Call Center – 4. La réalité

Mon deuxième jour en équipe a donc été placé sous le signe du « rouge »: rouge comme la couleur de la feuille de vente de la veille, je me savais dans le viseur et tous mes appels, je les prenais en tremblant, guettant, du coin de l’œil, l’arrivée de mon sup. Heureusement pour moi, je ne travaillais qu’en continu, à 14h ma journée était finie et le temps de midi il n’était pas là. Je suis partie en m’enfuyant presque mais je savais que ça ne repoussait l’épreuve qu’au lendemain.

Le mercredi donc, je suis revenue. Mon emploi du temps indiquait une formation qui coupait ma matinée. Je suis donc allée en forma, arrivée dernière à cause d’un appel, je dois amener ma chaise et personne ne me laisse de place (alors que c’est mon équipe). On émarge la feuille, il manque une personne et ça commence à blaguer (le sup et quelques membres de l’équipe) que c’était un fainéant et qu’ils ont réussi à le faire partir. Ils rigolent, je me sens mal à l’aise (j’ai une sainte horreur des moqueries).

La formation se passe, on retourne aux postes. Je suis convoquée dans le bureau des RH. Elles me présentent mon contrat, je le signe. Elles me disent « félicitations, vous êtes avec nous jusqu’en janvier ». Pardon?! on m’a parlé d’un CDD de six mois et de mars à janvier, il me semble que ça fait nettement plus; mais soit je signe… Un travail est un travail même si il commence déjà à me rendre malade, il occupe mes journées et, à ce moment, je pense que c’est ce dont j’ai besoin. Je repars, c’est l’heure d’aller expédier mon repas du midi.

C’est à mon retour que tout se gâte, j’ai un cas très compliqué au téléphone, je mets la personne en attente et cherche mon sup, que je ne trouve pas, aucun des autres sup n’est là d’ailleurs. week_2_19___52_week_emotes_by_mirz123-d3h6asnJe gère comme je peux, un logiciel se ferme et efface tout, je recommence; finalement je m’en sors sans eux; et là IL arrive. Il me prend mon téléphone et me convoque dans une pièce insonorisée; et là c’est le drame.

Il a écoute cet appel et me dit que ça ne s’est pas bien passé, que ce que j’ai fait c’était littéralement de la merde, et que je n’étais pas douée, que c’était simple, que j’ai mal fait le boulot sur le logiciel (oui celui qui a planté et qu’en plus il a vu planter en direct puisqu’ils ont accès à ce que je fais) et que je n’ai pas su demander de l’aide (à qui?!!), que par ma faute le client a stressé, que je n’ai même pas vendu un truc au rebond. J’essaye de me défendre mais il me répond qu’ici il n’y a que lui qui est parfait (véridique dans le texte…). Il continue son discours avant de me renvoyer à mon téléphone. Je tremble, je n’arrive même pas à reprendre mes appels correctement.

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Je finis par me mettre en pause et pars pleurer dans les toilettes car il n’y a aucun endroit pour s’isoler. C’est la goutte d’eau. Je suis débutante, intégrée depuis 3 jours à peine dans l’équipe! et je me fais pourrir comme du poisson pourri parce que, je n’ai pas su faire les choses sans mettre en attente le client (principal reproche) et quand j’ai eu besoin d’aide parce que je ne savais pas faire (je lui ai dit que je ne savais pas faire et que j’ai voulu demander de l’aide), je n’ai eu personne pour m’épauler alors qu’il avait dit qu’il serait là si j’avais des questions ou besoin d’aide. Je n’arrive pas à me calmer. Je ne vois que le « vous avez fait peur au client » et j’imagine le client choqué alors que je fais ce que je peux pour aider, que pour moi il est humain avant d’être une machine à pomper du fric; que le matin même j’avais passé quarante minutes avec une dame dont la mère venait de décéder et que j’avais consolé tant bien que mal avec un gratifiant: « vous êtes bien gentille mademoiselle. ».

Je suis rentrée chez moi et j’ai fondu en larmes en tremblant. Je n’ai rien avalé, j’étais déjà dans une période personnelle difficile où j’avais perdu presque six kilos entre le boulot et mes soucis; mais là ça a été la goutte d’eau.
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Le lendemain mon docteur m’a dit qu’il me plaçait en arrêt mais qu’il me conseillait de démissionner, que cette entreprise avait un fort turnover et que de bien plus gros morceaux que moi si sont cassés les dents mais qu’il me laissait le temps de réfléchir à tout ça.

J’ai envoyé ma démission la semaine suivante. J’ai revu un autre docteur qui m’a demandé: « Vous avez tenu combien de temps? » « Un mois et demi et trois jours?! Et bah vous savez? J’en ai vu partir bien avant vous et pire que vous. ».

Antidépresseurs au programme et j’en apprendrai d’autres sur cette « entreprise ».

 

Le Call Center – 3. Ma prise de poste

Pendant la dernière semaine de notre formation, nous avons été répartis dans des équipes et dans les deux derniers jours, nous avons du rencontrer nos « sups »: en gros des chefs d’équipe qui sont censés nous motiver avec des activités, des gains; mais aussi nous aider à mieux vendre car le but c’est de faire du chiffre et pour ça chacun sa méthode.

C'est moins cher que pas cher!
C’est moins cher que pas cher!

Quand on a annoncé les sups de chacun, j’ai su que ça commençait mal car mes camarades ont fait un « oh ma pauvre » collectif et spontané qui aurait fait froid dans le dos à un glaçon.cutie_scared_by_mirz123-d6m8klk N’ayant jamais pris le temps de me mélanger aux autres, j’avoue ne pas avoir eu vent des rumeurs et à ce moment là je me disais que c’était pas plus mal, comme ça je n’avais pas de raison de trop stresser, je me ferai moi même ma propre opinion (parce que je suis une warrior moi et que j’aime pas les rumeurs hitmsgplz_by_n3kozuki-d4ayspq).

Au cours de la même journée, un membre de ma future équipe est venu et m’a fait: « c’est toi la nouvelle? Je suis désolée pour toi. ». Je l’avais déjà vu passer au bord de la crise de nerfs la semaine d’avant quand les équipes avaient été remaniées et qu’il était tombé dans la sienne mais bon dans ma tête ça faisait encore « rumeurs ».

Le sur-lendemain mon « sup » est venu m’arracher à mon poste pour me briefer en me disant le numéro de la pose sur le téléphone et en se moquant ouvertement de nous car on ne savait pas encore le numéro de la pause « rdv avec le sup » (il faut savoir que les pauses sont chronométrées et notées sur nos fiches de performance et que nous avons des réflexions dessus – chaque chiffre du téléphone correspond à une pause particulière en fonction de si c’est la pause clope, la pause forma, la pause convocation du sup, …), bref il m’a fait son discours, lui c’est le meilleur, il a la meilleure équipe, et il ne tolère pas qu’on ne soit pas bon, il sera sur mon dos pour que je sois la meilleure aussi, qu’il veut bien m’aider mais ne pas répondre à des questions idiotes… des questions? Bah non là comme ça j’avoue que ça me dit rien à part me donner l’impression de tomber sur un petit despote légèrement misogyne et condescendant qui m’infantilise à fond et qui en plus vient de me faire comprendre qu’il veut pas m’aider sauf extrême urgence (car ici on est censé avoir eu toutes les réponses à nos questions durant la formation, donc on n’a pas de questions)…impatient_by_mirz123-d4dh7a5

Bref là d’un coup je le sens vachement bien… Mais je me dis que c’est un style qu’il se donne comme le prof en début d’année qui va te faire peur pour imposer le respect et qui sera ton prof préféré (oui moi j’idéalise à fond). Il me donne mon emploi du temps pour la semaine suivante et là je tique. Quand je suis venue à l’entretien j’avais demandé à savoir les horaires et on m’avait juré que les horaires étaient toujours les mêmes et donné à l’avance alors que la semaine qui suit mes horaires changent TOUS les jours, je n’ai pas un jour qui ressemble à un autre et, the must… ça fait des pauses pour manger qui sont complètements en décalées tous les jours avec parfois la pause midi à 11h et le lendemain à 16h. Niveau amplitude horaire on peut faire 8-21h avec travail le samedi (et ça on l’annonce aux clients à chaque coup de téléphone) mais également certains jours fériés où les CDD non appelés à rester seront affectés en priorité (car tu l’apprendras bien vite cher lecteur, ici, quand ta présence n’est pas désirée – et ne crois pas qu’un entretien réussi et signe que ta présence était voulue – on sait comment te faire partir). J’hallucine mais je ne dis rien à ce moment je n’ai toujours pas signé mon contrat (ce qui me choque car certaines de mes collègues l’ont déjà et depuis le début de la formation et touchent un SMIC alors que je touche la rémunération Pôle Emploi – bien moins que le SMIC).

Bref le lundi suivant je vais dans mon équipe, j’installe mon poste (toujours en avance de 15 minutes sur les horaires écrits car il faut trouver un poste et se connecter, nous n’avons pas de place attribuées et nous avons six à sept logiciels à ouvrir avec des identifiants et des mots de passe différents) qui nous permettent d’être fliqués en continu par nos sups, les chefs de plateau (sup des sup), les formateurs, les secrétaires, les ressources humaines, le directeur, et l’entreprise pour qui on sous-traite (what a wonderful world).

Le sup nous donne nos feuilles de vente et il y a une petite phrase de bienvenue pour moi, je me dis qu’au final il n’est pas si terrible, je trouve même ça gentil. Je me mets au boulot et je fais cahier de plaintes et des doléances pendant huit heures mais je ne vends rien et le lendemain ma feuille de vente hebdomadaire est rouge (mauvais signe)…

A suivre…

Le Call Center – 2. La formation

Après mon recrutement et la remise de mon badge pour accéder à aux différents espaces de ma nouvelle entreprise, je me suis retrouvée plongée dans ce qu’on appelle « la formation ».

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Il faut sourire au téléphone…

En quoi ça consiste?

La formation est une période où l’on doit nous apprendre les « techniques de vente » et les produits que nous allons devoir placer et tout ça avec un (ou plusieurs formateurs) qu’on verra de plus en plus rarement, mais surtout, via un ordinateur (qui deviendra notre outil de travail).

On débute pas des explications des grandes notions de la vente au téléphone, on nous enseigne la trame d’appel (que l’on doit réciter par cœur chaque jour), les valeurs de l’entreprise dont nous sommes sous-traitant, cette confiance qu’on place en nous en nous recrutant (tout pour nous faire croire que nous sommes des élus harrybattant), et on nous explique dans les grandes lignes les logiciels avec des simulations très encadrées et des notes (si on est en dessous d’un certain pourcentage, on nous annonce clairement qu’on ne nous gardera pas) et au bout de dix jours on devra passer un « examen final » (alors là tu tiques car la formation dure plus d’un mois…). Il faut savoir que la formation est continue dans l’entreprise et qu’une fois en poste nous verrons les formateurs entre une et deux fois par semaine pour nous annoncer les nouvelles consignes de l’entreprise et les modifications des logiciels et que ces formations seront également sanctionnées par des tests.

Les jours passent, le formateur disparait souvent, nous laissant seuls avec nos « exercices » et nos leçons à écouter avec nos casques. Quand il revient ça discute plus que ça ne nous forme. On apprend pas mal de choses sur certains de nos camarades, voir sur certains déjà en poste (beaucoup d’histoires de fesses, une atmosphère très potins et malsaine pour les gens qui, comme moi, ne trouvent pas leur bonheur dans le côté voyeurisme).

J'te raconte pas!
J’te raconte pas!

Parfois il nous place en « écoute », c’est à dire que l’on branche nos casques sur le téléphone d’un autre téléconseiller et on écoute ses conversations avec les clients, ses méthodes de vente, il faut nous en inspirer car les phrases de la formation sont très bateau et sentent l’arnaque à plein nez, on espère nous apprendre à séduire. Durant l’une de ses séances en double écoute, une téléconseillère va me donner un conseil: « ne jamais s’impliquer dans l’entreprise, sinon elle te bouffera » malheureusement très visionnaire.

A la fin des dix jours, nous prenons nos premiers appels et nous voilà lancés (alors qu’officiellement en pleine formation) dans le travail. Le formateur disparait, nous plaçant sous la surveillance d’autres vendeurs (ironiquement, en fin de formation, nous avons des formations continues avec les autres téléconseillers et c’est à ce moment là que nous voyons le plus notre formateur.), voir, parfois, sans surveillance, seuls face à nos soucis et aux clients qui, parfois, passent leurs nerfs sur nous.

Dès lors, nous devons vendre et nous sommes mis en véritable compétition les uns par rapport aux autres avec le tableau des objectifs, les grilles sur nos ventes et des smileys (rouge si ça ne correspond pas, vert si ça va, comme à la maternelle). La pression commence à monter. Nos temps d’appels sont chronométrés, si ils sont trop courts c’est l’assurance d’être convoqué devant le chef d’équipe (alors le formateur), si trop longs même combat.

Le temps c’est de l’argent.

C’est les prémices de l’Enfer mais je suis encore loin d’imaginer ce que sera mon intégration dans mon équipe (donc dans la prochaine partie).

 

 

Le Call Center – 1. Mon recrutement

Comme tu le sais déjà si tu as lu mon article sur l’atelier « entretien d’embauche », j’ai travaillé en Call Center (ou centre d’appels) et fut une expérience aussi enrichissante que brève…

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En janvier 2015, de retour à la maison familiale, je parcourais les petites annonces sur plusieurs sites et je suis tombée sur celle qui proposait d’intégrer une entreprise jeune et dynamique dans mon département pour devenir chargé de clientèle. Il fallait envoyer le cv par e-mail. Sans trop y croire, car je n’avais aucune expérience dans le domaine de la ventre j’ai tenté le coup. Ni une ni deux, on me rappelle, me demande si je suis intéressée pour venir le jeudi suivant visiter l’entreprise avec d’autres victimes candidats, puis procéder à un entretien. On me recontactera même deux fois pour cette fameuse visite pour être bien sûr que je vienne.

Le jeudi, à l’heure convenue, je me rends au rendez-vous. Nous traversons les couloirs, longeant les « aquariums » où sont entassés les télé-conseillers déjà présents – je note qu’ils n’ont aucune fenêtre dispaointed.

On nous présente l’entreprise qui est une filiale d’une filiale d’un gros groupe, et nous sommes censé travailler en sous-traitance pour une ou plusieurs autres entreprises. La chargée de recrutement nous énumère tous les avantages à travailler ici, les challenges, les récompenses, le fait qu’on accumule des points grâce aux ventes que l’on fait qu’on peut échanger contre des trucs aussi divers que variés allant du whisky au voyage pour deux personnes. Et évidemment elle nous parle de notre pourcentage sur les ventes qui fera gonfler notre salaire de 100 à 200€ mensuellement!

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mais bien sûr…

Arrive les entretiens, individuels (ouf, j’ai déjà eu droit aux entretiens collectifs et c’est un exercice que je n’aime pas). On passe une partie sur PC pour vérifier que nous ne sommes pas analphabètes et une partie en tête à tête. Rien de bien folichon, les questions habituelles: « où vous voyez vous dans cinq ans? », « vous savez ici vous pouvez évoluer très vite. », « vendez moi l’agrafeuse. ». Bref je ressors sans trop savoir quoi en pensez. On me dit qu’on me rappellera. Au bout de dix jours sans nouvelles, je laisse tomber l’affaire et passe sur autre chose.

C’est au début du mois suivant que je reçois un courrier de Pôle Emploi me disant qu’ils m’ont trouvé une formation (ni lieu ni date, sont mignons), je les appelle et j’ai droit à « c’est sans doute une erreur, n’en tenez pas compte ».

Je continue ma journée sans trop m’en préoccuper, je dois faire un déplacement, il neige, Pôle Emploi m’a dit que c’était rien. Et à midi coup de téléphone: « Vous êtes où?!! » (évidemment là ça fait: pardon mais vous êtes qui?).

Et bien je devais rentrer en formation pour six semaines pour la télévente. Merci Pôle Emploi (et merci à l’entreprise qui n’a pas pris la peine de me contacter, faudra pas, en plus, nous prévenir).

Je me pointe donc comme une fleur le lendemain, on me fait mon badge en me rappelant qu’on me fait confiance et que je dois laver la ficelle le ruban qui va avec et sur lequel mon prédécesseur, m’a laissé de la lecture qui résonne comme un avertissement…