La dépression

Un article que vous sentez déjà débordant de joie rien qu’à la lecture du titre.

Pourquoi j’ai décidé de vous parler de la dépression? Parce que ce matin ma chère psy du travail (cf article précédent) m’a appelée ce matin pour me demander si j’avais la reconnaissance travailleuse handicapée psychique pour ma dépression (oui car j’ai fait l’erreur de lui dire que j’avais fait une dépression après mon job de téléconseillère (dont je t’ai déjà parlé avant, notamment ici), et n’oubliant pas, à la fin de son message de me demander si j’étais allée me faire soigner par un professionnel comme elle impatient_by_mirz123-d4dh7a5 (ça tombe bien en plus, hasard du calendrier, on célèbre l’anniversaire de la mort de Freud!).

Loin de moi l’idée de vouloir lui expliquer que la dépression n’est pas reconnue comme une maladie permettant l’accès au statut de travailleur handicapé psychique et qu’il n’y a pas beaucoup d’états qui permettent d’avoir cette reconnaissance (et quelle reconnaissance étant donné que ce statut est quand même assimilé aux malades mentaux avec l’image du fou qui peut péter un plomb à tout moment, sûr c’est un plus en entretien d’embauche ça).

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Pôle Emploi aspire une grosse partie de mes pensées positives

Du coup j’ai eu « l’envie » de vous parler de la Dépression, celle avec un grand D, et celle qui vous bouffe au point de ne plus être qu’un corps qui se déplace dans le monde pendant que l’esprit a écrit « abonné absent » et nommé une sorte de vacataire pour donner le change devant les autres. Mieux encore je vais vous parler de ma Dépression.

ça c'est que mon cerveau a fait avant de se mettre en dérangement...
ça c’est que mon cerveau a fait avant de se mettre en dérangement…

La dépression chez moi s’est installée rapidement dans une sorte d’enchainement d’événements qui ont fait que mon esprit s’est mis en bug. En moins de trois semaines j’étais devenue anorexique (oui il faut placer les mots même si ils sont durs), mon esprit empêchait mon corps de se nourrir et je suis rentrée dans une drôle de spirale. L’impression qu’on est tiré vers le fond sans espoir de remonter, et parfois sans même avoir l’impression d’avoir la volonté. Dans ma spirale dépressive j’avais fini par envisager la mort, mais pas pour le suicide; non juste un gros moment où je pourrais dormir sans avoir besoin de me relever. De toute façon à quoi bon me relever?

J’étais totalement incapable d’envisager une activité qui m’aurait rendu heureuse tellement j’avais cumulé les soucis (la dépression c’est, chez moi, une sorte de gros burn out). Je me souviens que je me forçais à continuer mes activités, à accepter des sorties, même minimes (surtout minimes, je n’avais pas envie d’être trop longtemps dehors). Des amies m’offraient des parts de gâteaux, je mettais des heures à les avaler mais je me forçais parce que je m’interdisais de montrer que ça n’allait pas.

Quatre mois plus tard j’avais perdu dix kilos et c’est le frère d’une amie qui m’a mis une claque (au figuré) en disant que je ressemblais à un cadavre. Je ne pesais plus que 43 kg et j’étais sous anti-dépresseurs et anxiolytiques mais je nageais dans un brouillard. Je n’avais pas moins envie de me laisser mourir mais j’avais des nuits sans trop de rêves et sans crises d’angoisse.

La dépression nous envahit peu à peu
La dépression nous envahit peu à peu

Ce qui est le plus horrible dans tout ça c’est l’absence de sentiments. Quand on est dépressif, on n’est pas heureux (certes), mais on n’est pas vraiment triste non plus. On flotte dans une sorte de rien. On peut encore nous atteindre et nous pousser vers le fond mais c’est comme si on devenait insensible et qu’on avait ce sentiment que plus jamais on ne pourrait être heureux, voir même bien e5e4c37771744d0b028d9631cf782336-d370m8d.

Et puis un jour j’ai eut l’impression que mon cerveau avait décidé de remettre en marche la machine. C’est une sorte de sursaut. Évidemment c’est long, ça a été un gros travail sur moi, et je remercie les gens qui m’ont aidé qu’ils soient amis ou professionnels hugpileplz. Même si, à ce jour, je ne me considère pas comme guérie; dans ma tête le travail a repris, les dossiers se classent, et je recommence à envisager un peu les choses. C’est agréable de pouvoir essayer d’aller de l’avant. J’ai repris presque 6 kilos et je mange normalement, je ressors, je revis; mais j’ai toujours l’impression que le moindre choc peut me refaire tomber mais au moins j’ai l’impression de ne plus me laisser porter en attendant la fin.


 

Alors quand j’entends une psychologue(!), excusez moi du peu, me dire d’aller me faire soigner et me demander si je suis reconnue travailleuse handicapée pour mon état dépressif (qui, en plus, était déjà en forte rémission vers une sorte de mélancolie modérée qui se rapproche de ce que j’ai habituellement), j’ai envie de dire qu’il serait temps de comprendre qu’une partie de cette état dépressif vient du fait que je suis Bac+3 et que je ne trouve pas de boulot à part des temps partiels qui ne me permettent même pas de payer un loyer, que j’ai du retourner vivre chez mes parents dans une région sans perspective professionnelle, que l’on me demande de me reconvertir mais qu’on ne me laisse pas le choix du domaine, et qu’en plus les personnes censées nous aider sont tout le temps en train de nous faire une sorte de morale et de nous proposer des idioties pour nous passer dans une plus grande précarité car non, un temps partiel de 3h/semaine n’est pas une offre raisonnable, ni une porte d’entrée vers un autre boulot.

A défaut de nous aider, il sera tout de même relativement agréable que Pôle Emploi, au travers de ses conseillers et ses psychologues, arrête de nous enfoncer d9ba9003292ee54c1b40c7f989413d67-d4o5ol2


 

Je conclurai en disant que la dépression, c’est comme sa connerie, c’est pas forcément facile à vivre au quotidien, mais ça n’ouvre pas le statut de travailleur handicapé pour autant.Sherlock_Holmes_emote_by_Mirz123

 

 

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