École et emploi – le mensonge de la filière générale

Cher lecteur, tu le sais sans doute, j’ai fait une filière générale à l’école. Pourquoi? Parce que depuis petite on me disait que la filière générale c’était la voie royale pour avoir un travail (et je dis bien travail, pas boulot) après les études.

Bon, j’ai fait une filière générale littéraire, déjà là ça a été une grosse déception pour mes parents qui ont du avoir l’impression que j’étais pas totalement idiote mais pas loin parce qu’il faut bien l’avouer, littéraire, c’est la moins noble des trois de la filière générale.

  • S c’est la voie royale, celle qu’on montre comme l’excellence: « tu seras docteur mon enfant! »
  • ES c’est la voie noble, celle qui envoie dans des écoles de commerce!
  • L c’est… la voie de garage, celle qui mène au mieux à professeur.
Ambitions bien refroidie...
Et hop, voilà tes ambitions réduites en cendres!

Le pire dans tout ça? C’est que… contrairement à pas mal d’individus de ma classe de L, je n’avais pas choisi ça comme voie de garage, j’avais choisi ça par amour des matières dites Littéraire (oui même les deux heures quotidiennes de philo et les quatre heures de devoirs le samedi matin, j’aimais bien) et; forte de ma sottise, après mon bac avec mention, j’ai enchainé avec une Licence en Sciences Sociales (histoire d’achever de me tirer une balle dans les deux pieds).

Et voilà j’avais ainsi terminé le merveilleux parcours de la sacro-sainte filière générale qui devait me mener à l’pôle-emploi yey_by_mirz123-d4gor7t.

Commençant à constater ma bêtise en voyant que je trouvait que des mi-temps dans le baby-sitting, et encore parce que j’avais été pistonner par une autre employée, j’ai tenté de me réorienter dans une filière scientifique où j’ai pu voir tout le mépris que les pseudo-scientifiques avaient pour les littéraires quand le professeur m’a dit que les sciences sociales n’avaient rien d’exactes alors que je lui faisais gentiment remarquer que son cours c’était un peu nawak (faut dire que moi j’avais la Licence dans le sujet qu’il enseignait en ayant potasser l’été précédent car sa formation n’avait rien à voir avec son enseignement…).

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Mon professeur de sciences devant un livre de Socrate.

A partir de là j’ai compris que je vivais dans un univers parallèle. J’en étais même arrivée à me demander si c’était moi le soucis car c’était trop demander d’avoir un interlocuteur avec un minimum de réflexion capable de repérer dans un discours les éléments de la manipulation. Un événement indépendant de ma volonté m’a fait stopper cette formation et je suis retournée à la case chômage.

Et pendant que je galère à trouver du boulot je regarde mes connaissances de la filière pro (celles que mes parents montraient du doigt comme les filières de gamins perdus, ceux qui finiraient au chômage car pas travailleurs) qui, non content d’avoir du travail, commencent à pouvoir s’enorgueillir d’acheter une maison (ou un appartement), une belle voiture (quand tu galères à réparer la tienne pour le CT), regarde où ils vont partir en vacances, …

Et là tu te dis qu’il y a clairement un soucis. Tumble_by_Zareste

Toi qui a tout bien fait depuis le début, en étant bon élève, en ayant passé le bac général, avec mention, puis fait une licence, pourquoi tu es en dehors du système?

Comment expliquer à une personne qui a sacrifié son temps pour des études qu’elle va rester au chômage parce qu’on n’a pas de place pour les littéraires? Parce que lire Suétone dans le texte n’a rien d’utile à une société qui ne voit plus la culture comme quelque chose d’utile mais comme un loisir pour oisif (et donc chômeur ou patron) car une perte de temps.

Voilà j’ai mal à mon petit coeur, non pas parce que je suis une littéraire (ça je le revendique, vous ne me le prendrez pas) mais parce que j’ai l’impression de n’avoir ma place nul part et c’est ce qu’il y a de pire.

Suspendue dans l’incertitude à regarder le néant c’est un peu ça mes recherches d’emplois. Condamnée à postuler à des mi-temps dans le nettoyage, les gardes d’enfants, et les caisses des supermarchés; pour avoir aimer les livres.

Le plus douloureux? C’est entendre les conseillers pour l’emploi (que ce soit ceux de Pôle Emploi ou d’autres) me dirent que j’ai tout pour avoir un poste à responsabilité sauf que ce poste n’existe pas.

Quand on me demande ce que je veux faire, je réponds: « sortir du chômage », je n’ai plus d’ambitions et c’est sans doute ce qui me fait le plus mal.week_17___2012_emote_calendar_by_mirz123-d4y5loc

 

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9 réflexions sur “École et emploi – le mensonge de la filière générale

  1. J’ai suivi une voie similaire… même si avec le lycée j’ai fait la filière scientifique, forcée par ma mère pour qui ça m’ouvrirait les portes de tout. Sauf que je n’avais pas les capacités pour tout et si j’aimais les sciences, je détestais la manière dont elles étaient enseignées, et j’ai chuté une fois à la fac où je me suis révélée incapable de suivre une filière scientifique. Et puis voir une gonzesse pleurer toutes les larmes de son corps parce qu’elle n’a eu que 16 à son devoir me foutait un peu en rogne aussi.
    Moi aussi j’ai vu tous les rejetons de filières pro avoir un boulot bien solide alors que ma mère me disait qu’ils finiraient au chômage.
    J’ai choisi une voie littéraire plus pour me rabattre qu’autre chose, j’aime la littérature, j’aime les langues, mais je n’ai pas aimé la fac. Et j’ai fini à Pôle Emploi.

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    • C’est exactement ça… On a tout bien fait en suivant les conseils au détriment de notre santé mentale (encore que j’ai réussi très vite à me sauver des S et ES qui ne me convenait pas du tout) et on se retrouve à quémander du boulot sous qualifié parce qu’en fait, il n’y a rien pour nous… mal au coeur.

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    • Ma soeur était une mauvaise élève elle a fait la filière pro que j’aurai voulue, elle a un boulot, avec primes, véhicule de fonction, pc, portable, et un statut bien meilleur que ceux auxquels je peux aspirer. 😦

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      • C’est vrai qu’on dénigre les filières pro dans notre système alors que ce sont de bonnes voies pour celui qui sait ce qu’il veut faire. Ca peut mener à de très bon métier.
        Je n’aurais pas su quelle filière prendre en fait et au collège j’avais des résultats assez corrects pour aller en générale ensuite. Ma mère aurait voulu m’envoyer dans la filière qu’elle aurait aimé faire elle du coup ça ne me tentait pas du tout, je n’y voyais que le coté « sanitaire » et c’était déjà pas mon truc à l’époque.

        Il doit bien y avoir une place pour nous malgré tout quelque part. Enfin, j’espère.

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      • On dirait le titre de Gavalda: « Je voudrai que quelqu’un m’attende quelque part. »… Un jour peut-être un travail pour nous.
        Moi je voulais la filière pro agricole.

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  2. Ah Lampy je me reconnais tellement dans cet article ! Moi aussi on m’a fait le coup du « oh mais tu sais, il faut que tu suives une filière générale pour faire des études longues qui te mèneront à un bon métier, la filière pro c’est pour les élèves disons… moyens… » sauf que c’était pas mes parents, mais ma prof principale qui me l’a fait quand j’ai commencé à m’intéresser aux lycées agricoles pour les métiers du chien et de l’animalerie…
    Résultat, j’ai fait un bac L au lycée, puis une fac de langues… Pourquoi L? Parce que l’histoire et les langues étrangères, ça me parle plus que les équations bilan et les vecteurs… J’aurais peut-être pu m’en sortir en S (j’étais capable de bons résultats en maths sauf sur les vecteurs, vous l’aurez compris, et je trouvais la SVT intéressante, par contre la physique-chimie au secours !!!), mais ça ne me branchait pas…

    Au final, au bout de 3 ans de fac, j’ai obtenu une licence d’allemand grâce à la mention documentation que je faisais en parallèle, puis j’ai arrêté mes études pour chercher du taf en librairie en alternance, mais on m’a chanté le couplet du « vous avez trop de diplômes… » C’est alors que j’ai vécu mes 10 ans de chômage entrecoupés de CDD de caissière et j’en passe, tandis que je découvrais avec amertume sur Copains d’avant qu’un certain « fils de », zgeg à l’école qui ne faisait aucun effort, était à présent sous-directeur, ou un truc dans le genre, dans la boîte de papa…ou que Machine, qui séchait les cours, répondait aux profs, fumait dans les couloirs du collège, avait un poste de vendeuse en CDI et roulait dans une voiture récente, tandis que moi j’attendais pitoyablement le bus pour rentrer chez moi, n’ayant pas les moyens de m’acheter une voiture…

    C’est pour ça que jamais je ne nierai avoir eu un méga coup de bol d’avoir trouvé le boulot que j’ai aujourd’hui… Ce jour-là j’aurais dû jouer au loto !

    Courage Lampy, il n’y a en effet que très peu de place pour les littéraires dans notre société, on veut toujours nous pousser vers le sacro-saint CAPES pour être profs, ou nous inciter à nous expatrier (ben oui c’est bien connu, les littéraires sont forts en langues, et puis comme ça ça fait des chômeurs de moins en France !), ou alors « vous avez pensé aux concours de la fonction publique ? La filière culturelle pourrait vous intéresser… » oui sauf que des concours dans cette filière yen a de moins en moins, et qui dit « passer un concours » ou même « réussir un concours » dans le cadre de la FPT, ne dit pas trouver un boulot !

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    • C’est tellement vrai…
      Les concours j’ai eu cette discussion avec ma mère avant-hier: « pourquoi tu passes pas de concours? » bah déjà le plein emploi après c’est une fable, et ensuite lequel?
      Hier j’ai encore croisé une nana qui me martyrisait à l’école, qui a redoublé toutes ses classes à partir de la 4° et qui se pavane en BMW avec son CDI…
      Je suis dégoutée et maintenant j’ai droit à « t’as essayé l’usine? » ça me fait pleurer.

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  3. […] Lors de mon atelier « Réussir son entretien d’embauche » la dame qui nous recevait a mi le doigt sur un gros soucis… Je vous résume: nous étions quatre et j’étais la seule à ne pas venir avec un diplôme ou un parcours tout fait pour un métier précis; et je me suis donc retrouvée sacrément conne quand il a fallu simuler l’entretien d’embauche et qu’elle m’a demandé pour quel travail je postulais car il faut bien comprendre que je postule sur tout ce qui est non qualifié puisque je n’ai pas de qualification (merci la filière générale!). […]

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